Un YouTuber à Croquer par Matthieu Biasotto

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D’abord très emballée par cette lecture : une belle couverture, un résumé intriguant et l’annonce d’une romance par un homme.

M. Biasotto : 12 points (imaginer la voix de l’Eurovision).

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Cette lecture a été partagée avec Mélanie, addict de romances tout comme moi.

J’ai commencé ma lecture, tout allait bien. Et puis, ma lecture a été soudain très mouvementée. Comme dans un océan déchainé, j’oscillais entre noyade et reprise de ma respiration. Je vous explique tout, arguments détaillés à la clé. Je rappelle que ne pas aimer ça arrive, le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant.

Pitch de départ : Une liste. Une vidéo. Des noms à rayer. Ne jamais oublier.

Un mètre quatre-vingt-dix, un regard fauve et mordoré ; sa musculature appétissante génère des millions de vues et d’abonnés. Invité en Guest au plus grand salon dédié au culte du corps, la toile s’agite à la seule évocation de son nom : Bold.

Addict au grignotage, partisane des burgers et de la bière, Kléo est nature, sans complexe- ou presque… Gérante d’un magasin bio qui bat de l’aile, elle espère profiter du mondial « Fitness et Nutrition » pour promouvoir sa petite boutique et mieux occulter son passé.

Elle ignore tout du phénomène et pourtant… Bien malgré elle, dans le pavillon central et au milieu d’une horde de fans, plus rien autour ne compte… L’ombre, la lumière, deux destins, une rencontre.

Que cache la cicatrice sur son visage ? Ses tatouages ? Quels secrets dissimule la séduisante armure que tout le monde rêve d’approcher ? Entre le feu des projecteurs, la pression des médias et l’obscurité qui ronge Bold… Pourra-t-elle surmonter les ravages de la célébrité et accepter la part d’ombre d’une star adulée ?

Détails techniques :

Auteur : Matthieu Biasotto

Auto-édité (je rappelle que je soutiens à fond l’auto-édition)

443 pages

Prix : 18 € en version papier et 0,99 € en numérique (pour l’instant) => ici

Ma note :  10,5/20 (vous voyez c’est pas si terrible)

Mon avis : Je vais commencer par le négatif pour finir par le positif (il y en a un petit peu, un bon peu).

La mise en place de l’histoire se fait rapidement, les premières lignes laissent planer un doute, voire un scepticisme : J’ai pris le bon bouquin ? Y a un mec qui tabasse une fille là ? Heeelp!

Je continue. Je comprends. J’analyse.

Nos deux héros nous sont rapidement présentés et nous pouvons nous faire une idée assez précise des personnalités avec lesquelles il va falloir composer :

Andreas connu sous l’identité de Bold (y avait-il un jeu de mots avec Gold ?? l’or ?) dans l’univers des YouTubers. Mon homme a une grosse connaissance des YouTubers et il partage souvent les vidéos qu’il regarde avec moi. Du coup, j’ai assimilé Bold à ce YouTuber fitness/muscu Tibo InShape... Mais non, on était loin, loin, loin de lui. Effacez cette image. La comparaison est vite partie en fumée.

Donc Bold (le monsieur sur la couverture), sexy, musclé, autoritaire et…macho de 1ère catégorie. Dommage, très très dommage, cette dernière caractéristique. Dans les romances, il y a des « salauds », des « brutes » (pas dans le sens violent avec les femmes) et je vous avoue c’est mon péché mignon. Je les trouve d’autant plus attachants car cette carapace se fendille et laisse entrevoir un cœur sincère. Mais le boxer moulant m’a semblé plus présent que le cœur, ici.

Bold avait en apparence toutes les qualités d’un héros de romance, mais ses décisions et ses actes (particulièrement dans le dernier tiers du livre) ont eu raison de mon indulgence. Je ne veux pas spoiler mais Bold ne fait rien par hasard, tout est calculé et la ligne de démarcation est bien fine entre son cruel dessein et l’imprévisible attirance qu’il va éprouver pour Kléo.

Le héros dur au cœur tendre est remplacé par le héros dur au cœur sec où le sang ne circule plus. Il va laisser se dérouler sous ses yeux et en toute conscience l’innommable aveuglé qu’il est par sa haine et sa soif de vengeance. (je fais référence au moyen de paiement des 30.000 euros). Mélanie et moi-même n’avons pas eu les mots pour exprimer notre dégoût de le voir laisser Kléo dans cette situation…

Qu’en est-il de notre héroïne, Kléo ?

Je n’ai, à aucun moment, pu m’identifier à elle. Le résumé ne nous avait pas caché l’ambiguïté sur le fait qu’elle gérait une boutique bio tout en dévorant des burgers et autre cochonneries non bio. C’est dérangeant mais c’était annoncé, donc je passe. Là où je trébuche c’est sur cette fille qui dénigre les autres. Mélanie et moi avons toutes les deux été abasourdies par l’expression « cuisse flasque« , mais meuf tu manges des burgers et du gras, ne me dis pas que tu as des cuisses toniques, alors que tu ne pratiques aucun absolument aucun sport et même avec un bon métabolisme.

Mais là aussi, passons, concentrons nous sur les autres aspects de la personnalité de Kléo. Pour faire simple, Kléo, si elle existait, se prendrait toutes les associations féministes sur le dos. L’image de la femme en prend un coup. Cette fille est naïve et ça ne me dérangerait pas si on ne frôlait pas la niaiserie. Elle n’utilise ce qui lui sert de cerveau que vers la fin. Les 3/4 du temps c’est un enchaînement de stupidités, l’exemple de l’erreur d’essence sur le véhicule de Bold m’a juste fait lever les yeux au ciel. J’admets qu’on puisse être distraite, et se tromper arrive à tout le monde, mais avec sa propre voiture. Franchement, si je fais le plein d’un véhicule qui n’est pas à moi, je vais vérifier quatre fois que je ne me trompe pas. Je ne vais pas prendre ce risque. Alors, oui ça servait l’histoire, mais n’y avait-il pas mieux à imaginer ?

Pour information, je précise qu’il existe des filles geeks, qui aiment les voitures, qui aiment aussi la romance et la douceur sans que ça fasse d’elles, de nous, des godiches.

Cette impossibilité à s’identifier à Kleo fait basculer notre ressenti sur le livre du mauvais côté du cœur.

De plus, quel âge a-t-elle ? Comment l’apprécier sans ce détail  ? A quoi ressemble-t-elle vraiment ? Nous n’avons qu’une vague indication sur son poignet et ses doigts fins. En revanche, j’ai bien intégré qu’elle était blonde avec des anglaises et qu’elle avait un joli cul. Avec ça, on est bien avancé…

Il est dommage de ne pas avoir pensé aux lectrices qui font partie du genre humain tout simplement, et n’ont pas envie de s’identifier à une brindille blonde qui craint pour sa culotte de cheval. Ce mal, soit dit en passant, rétablit l’équité, car tu peux être maigre à passer derrière une affiche sans la décoller mais avoir quand même une culotte de cheval. Et oui… Je m’excuse par avance pour la vague de déprime que cette nouvelle va déclencher 😉

Le problème vient également d’une vision que j’ai trouvée fort superficielle de la femme, très très limite à notre époque du #balancetonporc…

En bref, sur nos personnages : l’homme est riche et la femme est misérable. ça transpire tout du long. L’homme est avisé et prend des décisions, la femme reste sur le carreau et est incapable de réfléchir correctement.

Il y a une absence de balance (fitness ? haha, obligée de la faire) entre les protagonistes. Le « il a tout, elle n’a rien » est trop présent et je n’y adhère pas. J’aurais préféré une héroïne avec d’autres problèmes que les soucis financiers. Son père alcoolique était très bien. Son ex mégalo très bien aussi dans le genre, même s’il va un peu loin sur sa planète ce mec. Kléo est pour moi incomplète et à la fin, on ne sait pas ce qu’il est advenu de son père.

Les personnages sont des contradictions vivantes pour servir l’histoire, l’inconvénient étant que ça les dessert auprès du lecteur.

Faisons maintenant un point sur les relations entre les deux personnages principaux, je suis toujours dans la partie négative. Je préviendrai quand j’irai vers la lumière.

Je déplore que la séduction ait été à son niveau le plus faible. Il était acquis qu’au bout de quelques heures après leur rencontre, et suite à un choc anaphylactique qui a mené Kleo à l’hôpital, Monsieur peut se permettre juste après la sortie de la demoiselle de lui glisser un doigt dans la culotte. Cette scène était vraisemblablement là pour amorcer l’érotisme dans l’histoire et garder le lectorat amateur du genre. L’érotisme ne me dérange mais à ce moment-là de l’histoire je l’ai trouvé bien mal venu.

La romance, quant à elle, à proprement parlé, n’est qu’effleurée et peine à percer dans le récit qui me semble trop ciblé sur la vengeance.

Quant aux rapports entre Kleo et Bold : Monsieur a une virilité hors proportion, Madame a une épilation intégrale, *soupir*. On plonge ensuite allègrement dans la dark romance, ça ne me dérange pas, mais l’étiquette romance, du coup, ne colle plus, et le public mérite un avertissement, car on assiste à une tentative de viol…

Ça manque de douceur. ça manque de pureté. Ça manque de sincérité.

Il y a également trop de non dits. Les réflexions des personnages sont une chose, mais ils parlent peu entre eux sauf pour échanger des inepties. Rien n’est vraiment profond et exploité en termes de sentiments et c’est tellement dommage car il manque le pouvoir du cœur et de l’âme.

L’attirance physique a la part belle sur les émotions et une fois de plus on cherche  la romance.

Qu’aime Kléo chez Bold à part ses hanches en V, ses fesses et ses biceps ?

Qu’aime Bold chez Kléo à part ses fesses, ses cheveux et son épilation intégrale?

A aucun moment il ne peut admirer son intelligence (ce serait compliqué), mais à défaut il pourrait trouver ses maladresses mignonnes ou touchantes, sans tomber dans le ridicule. Là aussi, il y avait matière à créer une alchimie et à faire vivre la romance que l’auteur voulait.

Voilà le détail non exhaustif de ce dont j’ai fait un rejet.

Quant au reste et pour finir sur les points positifs, je dirai que malgré l’alternance des passages très bons avec ceux qui le sont beaucoup moins, j’ai découvert une vraie plume.

J’ai aimé le style de l’auteur que je ne connaissais pas jusque là. Il a incontestablement un talent, une marque de fabrique avec ses phrases que j’ai appelées des phrases coups de poing. Ces phrases sont courtes, sans verbe conjugué. Elles martèlent le récit comme les couplets d’une chanson. J’ai trouvé ça original. Cette originalité a grandement facilité ma lecture. Je ne trouvais pas mon compte dans l’histoire, je l’ai trouvé dans l’écriture.

Je voulais souligner les métaphores bien placées (les métaphores, si vous me suivez, vous savez que c’est ma cam’, je suis fan).

A l’exception de deux que j’ai relevés, les synonymes étaient bien placés. Si l’auteur passe par là (sait-on jamais), les deux synonymes mal employés (selon moi en toute humilité) :

  1. « Il y a trop de textiles entre nous ». Le terme textile dans ce passage érotique casse un peu l’ambiance…
  2. « banderille » au lieu de dire pique dans le sens de pique verbale. Banderille était expliqué dans le texte. Je n’en avais pas besoin, outre ma réputation de dictionnaire sur pattes, je vis dans la région des corridas et autres, donc ça m’a de suite sauté aux yeux.

Pour en terminer, l’exercice est parfait dans la partie sombre de histoire. Mais la romance à 50% du livre n’est pas en place et ne viendra pas.

Les personnes et les décors sont trop brutaux, trop durs, trop crus, trop chirurgicaux pour nous bercer.

Je pense que l’étiquette romance contemporaine est maladroite, on sent plus la dark romance.  Les passages érotiques ne sont pas mauvais, mais tombent dans le piège du cliché sur certains points.

J’aimerais rappeler pour la circonstance, cette citation de Montesquieu qui m’est venue lors de la lecture : « Le mieux est le mortel ennemi du bien ».

A trop vouloir bien faire, l’auteur est, je pense, tombé dans trop de pièges. La romance n’a rien d’un exercice aisé et le constat ici est sans appel.

Je termine également en validant totalement la couverture que je trouve superbe et raccord avec le roman.

Je voulais également porter mon dernier « coup » à cette « romance ». Quand je lis une bonne romance, il y a quelque chose qui ne me trompe jamais, un besoin irrépressible quand le mot fin arrive : relire le passage de la rencontre des deux héros quand rien n’existait encore entre eux. Ici, vous vous en doutez, je n’ai aucunement eu cette envie.

Je voudrais poser trois questions à l’auteur et lui faire une proposition (pas du tout indécente haha) :

  1. Pourquoi vouloir vous essayer à la « romance » ?
  2. Quels romans vous ont inspiré dans l’écriture de ce livre ?
  3. Envisagez-vous de retenter l’exercice ?

Je rebondis sur ma question 3 : je suis là, si besoin. J’ai un bon pedigree. Je lis des romances depuis mes 14 ans. Vous avez le talent, il me semble que c’est dommage d’être passé à côté de la romance. N’y voyez aucune prétention de ma part, il s’agit là juste d’une petite vibration en moi qui m’incite à vous proposer un simple conseil, en restant dans l’ombre, en ne demandant rien si ce n’est votre patte au service d’une belle romance.

J’en ai terminé mais mon avis nécessitait d’être argumenté.

A bientôt !

Lucie

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2 réflexions sur “Un YouTuber à Croquer par Matthieu Biasotto

    • Le problèmes est qu’on annonce une romance contemporaine et on en est trop loin : trop d’intrigues et de suspens. Un héros un peu trop dark et macho à mon sens et une héroïne reine des cloches…. Comme je le dis après, l’auteur a un VRAI talent. Son style sauve l’histoire. Le genre romance n’est peut-être pas fait pour lui. D’où ma proposition de l’aider 😀

      Aimé par 1 personne

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